LES NEWS DE STEPHANE
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DEUXIEME SAISON – ETE 2004 Samedi 29 mai 2004
Ca y est, la remontée ! Comme le berger qui retrouve sa cabane « abandonnée » 6 mois plus tôt, le gardien de refuge rejoint plein de souvenirs, d’espoir et d’anxiété sa demeure de l’été. Des souvenirs de la saison 2003, bons, excellents, j’en ai un plein sac. C’est peut-être eux qui me pèsent aujourd’hui dans cette dernière montée, après Balussière, alors que le printemps particulièrement neigeux a apporté son lot de coulée dont la plus importante impose le passage d’un nouveau col enneigé inexistant d’habitude. Je m’approche du refuge presque fébrilement. Bien sûr, j’y suis monté cet hiver et plus tôt ce printemps, afin de profiter de cette bâtisse chaleureuse en pleine montagne. Entre copains. Sans pression. Juste pour s’enivrer du spectacle montagnard lorsque chaque être vivant se bat pour survivre et prépare, calfeutré, la renaissance printanière. Mais aujourd’hui, le goût de l’arrivée est différent. Je ne viens plus en spectateur mais en tant qu’acteur et des questions très matérielles me préoccupent : le tuyau d’eau est-il visible ? Les panneaux solaires sont-ils opérationnels ? Et le téléphone ? Faudra t-il encore s’abimer l’ouïe en tentant de saisir une syllabe sur deux ou trois et faire répéter sans cesse les personnes à l’autre bout du téléphone ? Heureusement, un autre événement me distrait de ces angoisses printanières. C’est la première montée de mon jeune chien dénommé « Picou » (sommet qui fait face à ma maison de vallée et symbole de ma vallée : Enfin installé et rassuré par la résistance de cette bicoque d’altitude, les souvenirs de l’an passé, les meilleurs, me reviennent avec nostalgie alors que je prépare seul le repas du soir. La cuisine est encore sombre (la neige obstruant encore pour quelques jours les fenêtres) et la lumière émise par les néons sortant d’hibernation donnent une couleur jaunâtre de vieille photographie favorable à ce retour en arrière. Je pense à toutes les personnes qui ont compté dans ma vie depuis le début de cette nouvelle aventure. Et d’abord, comme toujours depuis 4 ans, à Mélanie, avec qui j’ai plongé dans cette nouvelle vie. A côté mais plus ensemble déjà la saison dernière, s’écartant chaque jour un peu plus l’un de l’autre. Partageant le même lieu de vie mais regardant dans des directions différentes tels deux aimants se repoussant forcément malgré la volonté d’un homme. Elle garde aujourd’hui le refuge des Bouillouses à une journée de marche d’En Beys. Et puis Marie, qui partage ma vie depuis si peu de temps. Juste le temps de se découvrir, de rire, de se sentir plus que de ressentir. Et le chemin d’En Beys qui nous sépare. Momentanément ? Mes amis, ma famille, tant d’histoires et d’anecdotes me remontent au visage comme lorsque nous les ressentons partis en voyage à l’autre bout du monde. Mais, ouverture de la pêche oblige, les pêcheurs me ramènent finalement à cette réalité du dernier week-end de mai. Leurs préoccupations du moment sont bien plus simples et à la fois fondamentales : la petite partie dégelée de l’étang d’En Beys va-t-elle leur permettre à tous de profiter de leur passion, et si possible un peu plus que le voisin… Vendredi 18 juin 2004
En ce jour anniversaire, date capitale dans l’histoire du XXème siècle, je profite du calme de l’avant week-end pour reprendre le stylo. Cela fait maintenant plus de trois semaines que le refuge est ouvert. Les automatismes acquis la saison passée reviennent, le sourire est plus marqué. La neige, particulièrement abondante ce printemps n’est plus que peau de chagrin autour du refuge. Les désagréments occasionnés par sa présence presque oppressante ne sont plus que souvenirs, des moments forts et finalement, observés par le prisme nouveau de l’explosion printanière, tout devient beau ! Bien sûr, il reste quelques soucis : le frigo est en panne, le mitigeur de douche toujours hors service. Mais l’enthousiasme et l’attente des grosses affluences sont maintenant véritablement d’actualité. Et puis Sylvain et Juju sont remontés. Sylvain, aussi efficace que s’il était en présence des écuries d’Augias, se démène à l’intérieur du refuge, dans la salle commune, les dortoirs, les douches, sur la terrasse, dans les toilettes... Tout doit être impeccable ! Grâce à sa dernière trouvaille, une double canalisation naturelle évacuant l’eau de fonte, nous avons pris notre premier petit-déjeuner sur la terrasse, synonyme de fin d’hiver au refuge. En effet, malgré la date sur le calendrier, nous ne sommes à En attendant, les parties de fléchettes alternent avec la recherche de nouvelles recettes. Tels des ingénieurs, nous testons ingrédients et temps de cuisson. Juju me tend régulièrement avec fierté et théâtralité une cuillère remplie de son dernier chef d’œuvre culinaire et me dis : « goûte ! ». Et c’est une énième réussite gustative, la reconstitution d’un coin du paradis des épices et l’occasion d’un nouveau repas entre amis. Je ressens à nouveau cette grande force intérieure qui m’habitait l’année dernière lorsque mes relations avec Mélanie passaient au second plan. D’ailleurs, tout se passe bien avec Marie. Elle monte régulièrement au refuge en courant et je descends de temps en temps. Nous arrivons à cohabiter à distance malgré la « fraîcheur » de notre histoire. C’est une sportive et elle trouve de nouveaux moyens de rejoindre le refuge. Sa dernière trouvaille : faire la piste en VTT et le reste à pied. A la montée, c’est dur mais la descente, notamment tôt le matin, lui permet de gagner du temps pour être à l’heure au boulot à Ax. Dehors, les pipits s’égosillent. L’isard et la marmotte s’habituent peu à peu à la présence d’un Picou qui fait l’unanimité autour de lui. Il est « aimable », comme le disent les randonneurs, d’abord surpris de rencontrer un chien dans
Aujourd’hui, le soleil magnifie un ciel bleu limpide, presque sans vent. Le paradis est de retour à En Beys et je suis fier d’en faire partie. Lundi 13 septembre 2004
Il ya un an, jour pour jour, la « nuit des contes » d’En Beys rassemblait plus de 80 personnes au refuge : un vrai succès et beaucoup de copains ! Une certaine Alice était remontée, début d’une histoire insouciante et pleine de rebondissement… Aujourd’hui, sept personnes ont passé la nuit au refuge. Arrivés dans la brume en fin d’après-midi, ils se sont réveillés par un grand ciel limpide où Vénus jouait les starlettes ! Ma seconde saison se termine tranquillement après la grosse influence des vacances d’été durant laquelle la vie « hors-refuge » n’existe plus. Nous en avons fait la cruelle expérience avec Marie puisque notre relation n’a pas tenue le choc de la séparation estivale. Je craignais que les fondations ne soient pas assez solides et j’avais malheureusement raison…Trop neuf, trop frais, trop tendre. Une certaine lassitude sentimentale m’envahit… Heureusement, c’est le Mont blanc qui se profile. Avec Thibaut et Sylvain, nous partons pour gravir les 4807m du toit des Alpes. Du coup, Julien reprend du service, toujours présent quand on a besoin de lui ! Cette seconde saison aura été principalement marquée par notre complémentarité et notre complicité, Sylvain, Julien et moi. C’est pour moi la grande satisfaction de l’aventure. Le talent de Julien en cuisine et le professionnalisme de Sylvain dans la gestion du refuge ont permis l’amélioration de notre accueil au refuge. Et la confiance que j’ai pu placer en eux représente un atout indéniable pour la bonne marche du refuge d’En Beys. Il me semble aujourd’hui que j’ai fait « le tour » de la fonction de gardien de refuge, la clientèle étant de moins en moins éduquée à la vie en montagne et réclamant des prestations équivalentes à celles qu’elle trouve « en bas » dans la vallée ou en hiver dans les restaurants des stations de ski. Ainsi, de plus en plus de randonneurs consomment la montagne sans humilité, reproduisant les habitudes urbaines ou périurbaines du « tout, tout de suite » ! Le décalage entre notre façon de vivre et la leur me pèse de plus en plus et j’ai d’ores et déjà décidé que la saison prochaine serait ma dernière en tant que gérant du refuge d’En Beys. D’autres aventures montagnardes se dérouleront certainement. Et même si je râle parfois de ma situation au refuge, je sais que cette période restera gravée en moi, les mutations qu’elle a engendrées étant fondamentales et exceptionnelles ! |

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